Tôt ce matin, une cinquantaine de manifestants –dont quelques-uns cagoulés et masqués‑ ont bloqué l’accès au cégep. Près de 50 étudiants sous injonction devaient entrer en classe hier, mais lorsqu’ils se sont présentés peu avant le début de leurs cours à 8 h ce matin, l’accès à l’établissement leur a été refusé à nouveau par les « carrés rouges ».
Plusieurs étudiants en stage et pré-stage, qui pouvaient jusqu’à la semaine dernière assister à leurs cours en vertu de l’entente entre le Cégep et l’Association des étudiants (AGECEM), ont été eux aussi refoulés. 150 des 1470 étudiants visés par les exceptions prévues à l’entente ont ainsi été privés de cours aujourd'hui.
À la demande du directeur général Serge Brasset, l’AGECEM a tenté de convaincre les manifestants de laisser passer les élèves sous injonction ou sous exception, mais sans succès. « On s’est retrouvés entre l’arbre et l’écorce », raconte la présidente de l’Association, Gabrielle Benoit qui dit avoir été invectivée par les manifestants qui refusaient de céder le passage.
Alors que plusieurs « verts » mettaient en doute la provenance des manifestants, Mme Benoit assurait qu’il s’agissait presque exclusivement d’élèves du collège Édouard-Montpetit.
Peu avant 10 h ce matin, le Collège a finalement annoncé la suspension des cours pour la journée.
Climat tendu, mais calme
Des parents d’élèves qui ont obtenu des injonctions n’ont pas caché leur exaspération et avoué se sentir complètement impuissants devant la situation. « Je me sens complètement niaiseuse », a déclaré une mère qui considère que la direction leur demande inutilement de se présenter aux portes du cégep.
Le directeur Serge Brasset (photo), qui n’a pas hésité à discuter avec les élèves « rouges » ou « verts » et leurs parents à quelques pas de la ligne de piquetage, a essuyé de nombreuses critiques alléguant son manque de fermeté à faire respecter les injonctions, tant de la part des élèves que des parents, dont certains plutôt agressifs (photo).
Le président du syndicat des enseignants de l’établissement, Richard Drolet, a au contraire salué le travail de la direction dans ce conflit. « C’est la décision la plus raisonnable compte tenu de la situation. Malgré la pression, ils font un travail exemplaire; c’est rare qu’un président de syndicat d’enseignants dise ça de la direction. La pression est assez insoutenable», a-t-il soutenu.
Alors que la situation dégénérait au cégep Lionel-Groulx, le climat de tension était palpable au cégep Édouard-Montpetit. Mais sauf quelques rares exceptions, peu d’affrontements directs ont eu lieu à Longueuil. Médiasud n’a été témoin d’aucune violence physique.
Après l’annonce de la levée des cours, les parents et élèves ont été invités par la direction à se présenter à nouveau mercredi alors qu’une nouvelle tentative sera faite de reprendre l’enseignement.
La première injonction qui vise 25 étudiants se termine demain et devra être renouvelée devant les tribunaux. Chez les parents de ces étudiants, on se questionne sur la suite à donner. Pour l’instant, on ne semble pas songer à interpeller les tribunaux pour punir le cégep ou les manifestants d’outrage au tribunal.
Malaise chez les enseignants
Plus d’une cinquantaine d’enseignants étaient présents, attendant de pouvoir intégrer le bâtiment et dispenser leurs cours. Quelques-uns d’entre eux arboraient des écriteaux au cou indiquant « Prof sous injonction » et « L’enseignement ou la prison ».
Le président du syndicat Richard Drolet, visiblement ulcéré par les injonctions, invite les juges qui ont prononcé les injonctions à venir constater d’eux-mêmes les effets sur le terrain.
Les enseignants vivent en grande partie « très mal » avec ce retour en classe forcé,selon lui. « Ils acceptent mal que des privilèges soient donnés à des étudiants qui se sont désolidarisés de leur assemblée générale », explique-t-il.
Une reprise « surréaliste »
Selon Richard Drolet, les injonctions obligeront les enseignants à se déplacer trois à quatre jours par semaine pour dispenser des cours à seulement un ou deux étudiants. Qu’adviendra-t-il lorsque les élèves reviendront en classe, questionne-t-il.
Les enseignants pourraient se retrouver avec une double tâche, craint-il, forcés d’enseigner aux élèves qui ont cheminé dans le programme grâce aux injonctions, en même temps qu’aux autres étudiants en grève : « C’est surréaliste, impossible. »
« Une injonction ça s’achète, mais l’éducation ça ne s’achète pas. Quand on tombe dans le clientélisme pédagogique, on sort de la pédagogie », conclut M. Drolet qui estime qu’en raison du climat actuel, les conditions ne sont pas réunies pour enseigner convenablement.
